Challenge #28 : Survivre 1 semaine dans la jungle

Et dépasser ses peurs 🐍

Hola,

Ici Ulysse en direct de la jungle !

Je me suis enfoncé en plein territoire indigène avec l'objectif de survivre 1 semaine.

Originaire de la tribu Bribri, Kasho a été mon professeur.

D’un point de vue pratique, il m’a appris (entre autres) à :

  • Établir un camp

  • Construire un abri

  • Reconnaître la faune et la flore

  • Confectionner des armes et des pièges

  • Chasser

D’un point de vue philosophique, il m’a compté le soir au coin du feu la cosmogonie Bribri ainsi que leur rapport à la nature.

Il en a résulté un documentaire en immersion complète de 40 minutes.

Entre galères et moments magiques, nous croiserons le chemin de nombreux animaux comme une vipère eyelash (qui peut tuer un humain).

Ce sera également le grand retour des fourmis balle de fusil (rencontrées dans le challenge #26) !

Travaillant en solo, ce projet m’a demandé beaucoup d’énergie ! J’espère qu’il sera à la hauteur de vos attentes. 👇

Bon à savoir : La jungle où nous étions se trouve en territoire indigène protégé. La chasse via arme à feu et avec des chiens y est interdite. Seuls les Bribri et les autres tribus ont le droit d’y chasser en utilisant des outils traditionnels. Ils ont d’ailleurs un rôle de protecteurs de la forêt.

La vidéo est axée sur l’aspect survie.

Dans cette newsletter, nous allons plutôt nous focaliser sur la manière dont les Bribri voient le monde.


Cosmogonie Bribri

Forme du monde

Pour un Bribri, le monde est comme une maison conique divisée en 4 espaces supérieurs. Cette maison est supportée par 8 piliers (nous y reviendrons), et le toit représente le ciel.

De même, le monde s’enfonce dans le sol sous 4 espaces inférieurs, formant également un cône inversé.

Si je n’ai pas été instruit des mystères des bas mondes, Kasho me révéla les coulisses des étages qui nous surplombent.

Nous, les humains, vivons dans le 1er monde supérieur.

Au-dessus logent Dualok, Boukublu et Diblu, des esprits qui protègent les plantes, les animaux et les eaux.

Le troisième niveau abrite des esprits moins sympathiques, responsables des maladies et du chagrin.

Au sommet réside Sibù, le créateur de toute chose, accompagné d’autres esprits.

Création de la Terre

Selon la légende, avant la naissance de Sibú, la Terre était peuplée d’une race de démons appelés Sòrburus. Je vous passe l’histoire de guerre entre Sibù et les Sòrburus.

Une fois ces diables renvoyés derrière le soleil, la Terre fut laissée stérile. Cherchant comment ramener la vie dans ce désert, il apprit que sa sœur, Namaìtami (qui, si j’ai bien compris, est un tapir), avait une fille faite de terre, Irìria.

Sibú envoya alors Dukúr Bulu, une chauve-souris, mordre Irìria, pour voir si elle était fertile (au sens premier du terme).

Quand Dukúr Bulu revint, des plantes d’anis et de balsa sortirent de ses excréments.

Il l’envoya une seconde fois pour lui sucer le sang. Cette fois, des arbres sortirent des défécations de la chauve-souris.

La troisième fois, Dukúr Bulu se fit choper. Il avait peut-être oublié son attestation (carton jaune de l’arbitre pour cette blague non homologuée).

Sibú élabora un plan. Il organisa une grande fête pour célébrer la construction d’une grande maison (conique) à Suláyum, qui représente le centre du monde.

Il invita Bikakra, la grand-mère d’Irìria, pour procéder à la cérémonie de la boisson sacrée.

Pendant le festival, tout le monde dansa la Sorbón. Dans un élan d’euphorie, Bikakra, qui portait Irìria dans un panier, chuta d’ivresse. Le sang d’Irìria se déversa sur le sol, formant les rivières. Ses vêtements verts devinrent les plantes.

Les dances frénétiques la piétinèrent, formant ainsi les montagnes.

C’est pour cela que chez les Bribri, lorsque l’on interagit avec la Terre Mère, on prie Irìria. Dans le documentaire, je la remercie avant de défaire la cabane.

Création des Hommes

Pour l’occasion, Sibú avait préparé différentes graines qu’il sema dans la Terre. Les différentes couleurs des graines seraient à l’origine des différents grains de peau entre les peuples indigènes. Chaque clan prit le nom d’une graine.

Sibú créa ainsi les indigènes la nuit, et attendit le jour pour créer “les blancs” à partir d’un autre membre de sa famille, plékeköL.

Dans le documentaire, nous avons croisé la représentation de plékeköL, à savoir les fourmis coupe-feuille.

Certains Bribri racontent que Sibú apprit d’autres choses aux blancs. Au lieu du chamanisme et des secrets de la nature, il nous aurait introduits aux sciences.

Et depuis, comme les colonies de fourmis coupe-feuille, nous coupons et détruisons tout sur notre passage, ne laissant aucune végétation derrière nous.

Cela fait réfléchir, n’est-ce pas ?


Les 8 métiers traditionnels Bribri

Le peuple Bribri est organisé en clans. Chaque clan est composé d'une famille élargie matrilinéaire. Cela signifie que le clan d’un enfant est déterminé par celui de sa mère.

Les femmes ont une place très importante dans la société Bribri. Nous l’avons déjà vu pour le cacao. Elles sont aussi les seules à pouvoir hériter des terres.

J’ai eu la chance de rentrer dans une usurë, la maison traditionnelle qui est aussi en forme de cône, soutenue par 8 piliers.

Ces piliers représentent les 8 les huit professions sacrées :

  1. Successeur de roi

  2. Chaman

  3. Chocolatière

  4. Gardienne de la pierre sacrée

  5. Médecin légiste

  6. Maître des cérémonies

  7. Roi

  8. Chanteur

Chaque clan est responsable d’un de ces métiers sacrés. Aujourd’hui, deux n’existent plus.

Les conquistadors espagnols auraient massacré des chanteurs qu’ils prenaient pour des sauvages opérant des cultes sataniques.

Ayant peur de subir le même sort, les clans de chanteurs ont progressivement disparu.

Le clan des rois, autrefois leaders des Bribri n’eurent pas plus de chance. Ne souhaitant pas se plier aux exigences des Espagnols, ils y laissèrent la vie.

Dans la culture Bribri, lorsque quelque chose a été perdu, il est dans l’ordre des choses de l’accepter et de ne pas le remplacer.

Ainsi, ces deux métiers se sont éteints.

Je ne vais pas pouvoir vous décrire chaque métier, car je n’ai pas envie d’écrire trop de bêtises.

On peut tout de même retenir que les chamans ou “awa” sont choisis jeunes, et doivent au cours d’une très longue formation apprendre à maîtriser chaque plante. Lorsqu’il soigne, l’awa se connecte spirituellement à la nature et au malade.

Leur savoir est immense et se transmet oralement. D’ailleurs, dans une usurë se trouvent des bancs en cercle autour du feu. En face de l’entrée, trône un hamac où l’awa s’installe le soir pour enseigner ce qu’il sait aux plus jeunes.

C’est notamment comme cela que Kasho a appris autant de choses.

Transition parfaite puisque “kasho” signifie “cacao”, l’autre pilier de la culture Bribri.

À l’origine, le cacaoyer était une femme, que Sibú transforma en arbre. Ainsi, ses branches ne sont jamais utilisées pour faire le feu, et seules les femmes peuvent préparer et servir la boisson sacrée.

J’ai eu la chance d’apprendre à faire la pâte à partir de la fève de cacao pendant une journée chez des amis de Kasho. J’avais d’ailleurs publié une petite vidéo sur Instagram.

Un Bribri sans chocolat, c’est comme un Français sans pain, ce n’est pas concevable !

Dans la jungle, nous en avons préparé au moins deux fois par jour pour avoir des forces !

La pâte de cacao se mélange avec de l’eau. J’ai demandé à Kasho si cela se faisait de mettre du lait, et il m’a répondu : “flèche dans le cœur”.


Nature

Les Bribri ont été chargés par Sibú de veiller sur la nature. Pour eux, nous sommes leurs petits frères, inconscients de ce que nous faisons.

Lors de cette aventure, j’ai rencontré Këysh, le meilleur ami de Kasho.

Si Kasho est de nature très calme et pédagogue, j’ai ressenti beaucoup plus de colère en Këysh. Il condamne les comportements irresponsables des “gringos”. Il en veut au gouvernement du Costa Rica pour leur prétendue protection de l’environnement et de leur culture, qui n’est selon lui que de façade.

À travers ses actions, Kasho m’a montré ce que respecter la nature signifie.

Aujourd’hui, je ne sais plus quoi penser lorsque je vois une manifestation pour l’environnement dans une jungle de béton.

Il me semble qu’accepter de vivre dans une société moderne, c’est accepter les bons comme les mauvais côtés.

Certes, vous pouvez avoir une pseudo-conscience écologique en évitant l’avion. Peut-être même que vous prenez le vélo pour aller au travail. Pourtant, pédaler sur une route bétonnée pour aller travailler sur un ordinateur dans un immeuble sans un arbre à l’horizon, c’est se voiler la face.

Vous faites plus que ceux qui vous entourent, donc vous pensez être “écolo”. Pourtant, vous êtes bien dans ce décor cimenté, y contribuant à travers votre travail, votre consommation ou vos impôts. L’harmonie prônée par les Bribri paraît bien loin.

J’utilise le “vous” de manière provocatrice, mais je m’inclus dedans. Si je suis un minimaliste assez loin du consumérisme tel qu’on l’imagine dans les centres commerciaux, je prends l’avion, utilise Aribnb ou Uber et partage mon contenu sur Internet.

La schizophrénie du voyage, c’est d’utiliser les dernières avancées technologiques pour ouvrir les yeux sur notre monde.


Infos pratiques

Si vous souhaitez vivre cette expérience, il vous suffit :

  1. D’aller au Costa Rica

  2. De rejoindre Puerto Viejo

  3. De contacter Kasho sur Instagram de ma part

  4. De laisser vos idées reçues au placard

Que vous soyez ou non un aventurier aguerri, Kasho s’adaptera.

Il a déjà entraîné des backpackeurs arachnophobes, tout comme des forces spéciales à la survie dans la jungle humide tropicale.

C’est un humain d’une rare gentillesse. J’ai confiance en lui. Vous ne le regretterez pas.


J’espère avoir réussi à vous partager une partie de cette aventure.

Je vais continuer de chercher à vivre de nouvelles expériences immersives comme cela pour élargir les œillères à travers lesquelles je vois le monde.

Pour terminer sur une note positive, j’ai l’espoir d’un monde où l’innovation parviendra à faire cohabiter les hommes et la nature.

Je pense que nous ne sommes plus si loin. Il suffit d’une trouvaille, comme le développement du rendement de l’énergie solaire pour initier une réaction en chaîne positive.

Soyons optimistes !

À très vite, pour un nouveau challenge,

Ulysse


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