Challenge #23 : Vivre 2 jours les yeux bandés

Et planter un strike 🎳

Hello,

Ici Ulysse pour le dernier challenge depuis Johannesburg ! 🇿🇦

Comment en suis-je arrivé à me cogner dans les chaises pendant 2 jours ?

  1. J’avais cette idée sur ma liste depuis que Maxime Barbier s’y était essayé.

  2. J’ai regardé Gilbert Montagné au Zanskar - Rendez-vous en terre inconnue.

Lors de sa rencontre avec les Zanskarpas sur l’Himalaya, Thelma, qui l’accueille, se met à pleurer lorsqu’elle apprend qu’il est aveugle.

Il lui répond alors :

Voir de ma façon est une très belle façon de voir.

Pendant 2 heures, j’ai été scotché par ce Gilbert que je ne connaissais pas et qui gambadait dans la montagne avec un sourire jusqu’aux oreilles.

Et là, j’ai eu envie de comprendre.

Qu’est-ce que l’on ressent lorsque l’on évolue dans le noir ? Comment s’adapter ? Est-ce qu’il est possible de jouer au bowling ? De faire un handstand ?

Alors, j’ai enfilé un bandeau avec la ferme intention de ne pas m’arrêter de vivre.

C’était une riche expérience que je vous recommande.

J’en profite pour passer un grand merci à Julia qui a été une guide top niveau ! 🙏

Seul hic : nos 27 cm d’écart + le bandeau n’ont pas rendu facile le cadrage. 😅

Un élément clé me sépare tout de même de ce que peut ressentir Montagné :

👉 Ma cécité est acquise quand la sienne est innée.

Même plongé dans le noir, je pouvais imaginer le monde que je ne voyais plus en se basant sur mon expérience.

Gilbert, lui, n’a jamais connu les couleurs. Son système de repère est complètement différent. Ses rêves sont bien mystérieux comparés aux nôtres.

En 2 jours, je n’ai probablement entraperçu qu’une infime partie de ce que peut être la vie (la vraie) sans la vue.

Voyons comment je me suis débrouillé :

J’espère que vous avez kiffé ce drop à 7 min 07 s ! 🤸‍♂️

Ce challenge m’aura donné envie de me lancer dans l’apprentissage du braille, et de la langue des signes. Je ne sais pas quand je m’y attaquerai, mais cela me semble être de beaux défis ! Qu’en pensez-vous ?


Que retenir de cette expérience ?

D’habitude, cette partie se nomme “Les key learnings pour [titre du challenge]”, mais aujourd’hui je ne me sens pas légitime.

Si vous voulez tenter l’expérience, just do it. Mettez un bandeau, et trouvez quelqu’un pour vous accompagner, ne serait-ce qu’une matinée. Ce ne sera pas du temps perdu.

Ce qui était accessible

  • Se déplacer dans un environnement connu : Plus simple que je ne l’imaginais. Notre mémoire est incroyable, et on trouve assez vite des repères, surtout à l’intérieur.

  • S’habiller : Étant minimaliste, je voyage avec peu de vêtements, donc pas de galère particulière pour s’habiller. Je savais où était chaque chose. L’erreur de débutant : j’avais coupé toutes les étiquettes, et ce n’était pas si évident de trouver l’endroit et l’envers…

  • Miam : Il faut s’adapter un petit peu, et on est toujours surpris lorsque l’on arrive au dernier sushi.

  • Faire sa toilette : Globalement, il est assez simple de se doucher, se laver les dents, aller aux toilettes & co. Petit challenge tout de même pour savoir si oui ou non le dentifrice est bien sur la brosse à dents… Maintenant que j’y pense, cela ne doit pas être évident de se maquiller.

  • Faire des handstands : Et plus largement les activités basées sur la proprioception, comme le yoga par exemple. Avec la vue, je tiens environ une minute. Sans, j’ai tout de même passé la barre des 15 secondes le premier jour.

Ce qui était difficile

  • Cuisiner : Déjà que je suis une bille… Là, je n’ai pas du tout fait le malin. J’ai d’ailleurs failli me brûler.

  • Faire les courses : C’est Julia qui s’y est collée, car je ne voyais pas comment faire…

  • Travailler : Pas évident d’écrire des newsletters ou de faire du montage vidéo sans assistance. Le smartphone aide beaucoup avec l’assistant vocal, la possibilité de prendre des notes audio, etc… Mais honnêtement, c’est difficile.

Ce qui faisait peur

  • Se déplacer outdoor : Même en étant accompagné, je me suis senti en insécurité. Dardeville, c’est bon pour le cinéma. J’ai failli foncer dans une voiture en évitant une flaque. Je n’ose pas imaginer comment j’aurais réagi en étant seul dans la rue.

  • Être seul : Le second matin, Julia m’a laissé seul pour aller faire du sport. Même si j’étais en bonne compagnie avec Sapiens, j’ai trouvé le temps long, et encore une fois, je me suis senti vulnérable malgré un environnement safe.

Ce qui était “Je ne sais pas trop quoi en penser”

  • Se divertir / Apprendre : Beaucoup d’activités ne sont pas adaptées. Pour le contenu, n’en parlons pas. Ne sachant pas lire le braille, j’ai dû me rabattre sur les livres audios (merci Jeff Bezos). C’était difficile de trouver des jeux adaptés. D’un autre côté, je n’ai eu aucun mal à jouer au bowling.

Parenthèse : (
Comment faire un strike les yeux bandés ?

  • Demander de l’aide pour vous placer bien en face de la piste.

  • Tendez le bras en demandant “droite” ou “gauche” pour bien vous aligner et repérer mentalement la cible.

  • Lancez la boule en invoquant les sept dieux japonais de la chance.

  • Tendez l’oreille pour entendre les quilles s’effondrer.

  • Célébrez !

)

Est-ce que mes autres sens se sont développés ?

Oui, et non…

La vue est un sens sur lequel nous nous reposons beaucoup. Si l’on nous en prive, nous sommes tout à coup plus attentifs à nos autres sens.

Cette capacité est en nous. Nous l’utilisons de manière inconsciente, mais pas à plein escient. C’est normal, notre cerveau a besoin de beaucoup travailler pour digérer les nombreuses informations qui nous parviennent via nos yeux.

Se priver de la vue, c’est libérer de la bande passante pour les autres sens.

En 2 jours, je n’ai cependant pas eu le temps de créer une habitude. Je serai curieux de savoir si une personne qui se prive volontairement de la vue pendant 1 mois avant de la recouvrer aurait par exemple significativement développé son ouïe.

Dans ma conférence : “Apprendre à apprendre”, je parle de la plasticité cérébrale.

Ce terme désigne les mécanismes par lesquels le cerveau est capable de se modifier lors de la phase embryonnaire ou lors d'apprentissages.

À la perte de la vue, cette capacité à se reconfigurer permet de réattribuer le cortex visuel au développement de ses facultés auditive, olfactive ou tactile.

Non seulement c’est dingue, mais c’est aussi une preuve supplémentaire de la formidable adaptation de l’espèce humaine.


Si l’expérience vous tente, je vous invite à regarder avec votre guide cette vidéo sur comment accompagner une personne déficiente visuelle dans la rue.

La technique est simple, et elle vous mettra plus en confiance.


Pour aller plus loin

Nous avons 5 sens. Vraiment ? C’est ce que semble affirmer Aristote.

Oui mais spoiler alerte, nous avons fait quelques progrès en 2000 ans.

On peut trier les sens en 5 catégories :

La réception d'énergie électromagnétique

Qui comprend :

  • la vision,

  • l’électroperception : capacité à détecter les champs électriques - sens que nous n’avons pas, mais que les requins ou les raies ont,

  • la magnétoception : capacité à détecter des variations de champ magnétique - couramment observée chez les oiseaux ou les abeilles.

Mécanoréception

Qui comprend :

  • le toucher,

  • l’ouïe,

  • l’écholocalisation : particulièrement développée chez les chauves-souris… et chez certains aveugles comme Daniel Kish,

  • la proprioception : perception du corps,

  • l’équilibrioception : principalement lié au système vestibulaire de l'oreille interne - et très bien expliqué par Max Bird.

Chimioréception

Qui comprend :

  • le goût,

  • et l’odorat.

Thermoception

C’est le sens de perception de la chaleur et de l'absence de chaleur (froid) par la peau.

Réception polymodale

Ou on y retrouve la nociception : perception des stimulus lésionnels ou potentiellement lésionnels (associée à la douleur), et qui se ressent au niveau :

  • de la peau,

  • des articulations et des os,

  • et des organes viscéraux.

Quant à pourquoi on nous enseigne encore les 5 sens à l’école… C’est un mystère. Comme si les enfants n’étaient pas capables de comprendre ce qu’est la proprioception…

Test rapide :

Fermez les yeux puis levez la main. Saurez-vous dire où est votre main ?

👉 Proprioception


J’aurais encore de quoi vous écrire un tas de facts sur la vue. Peu le savent, mais je suis ingénieur en photonique de formation.

Dans tout mon cursus, la matière que j’ai préférée était “Perception visuelle”.

Je trouvais fascinant de comprendre comment le cerveau se faisait piéger avec des illusions.

Je vous garde tout cela au chaud pour une prochaine fois. Ce challenge est l’occasion de se plonger dans les exploits réalisés par des déficients visuels.

Je dis souvent que tout est possible, à condition d’oser y croire.

Je pense qu’aujourd’hui, on va tous prendre une bonne leçon.


Mitsuhiro Iwamoto

On commence fort avec ce japonais qui a perdu la vue à 16 ans, et qui a traversé en 2 mois l’océan Pacifique en voilier en 2019, sans s’arrêter, alors âgé de 52 ans.

We undertake this voyage not only for personal accomplishment, but to send a message that anything is possible when people come together.

Mitsuhiro Iwamoto


Erik Weihenmayer

Le 25 mai 2001, il devient le premier aveugle à atteindre le sommet de l'Everest.

Un an plus tard, il complète l’ascension des sept sommets à savoir de grimper les montagnes les plus élevées de chacun des sept continents. Respect.

What’s within you is stronger than what’s in your way.

Erik Weihenmayer


Richard Turner

Il est l’un des plus grands magiciens de la manipulation de carte.

Voici un aperçu de ce qu’il peut faire, face à deux autres grands magiciens : Penn & Teller.

Comme si ça ne suffisait pas, il cumule les mandats avec une ceinture noire 6e dan de Wado-Kai karate.

Le documentaire Dealt retrace son parcours.

No matter what hand you're dealt, don't let anyone tell you you can't play.

Richard Turner


Marla Runyan

Cette athlète a un palmarès impressionnant :

Mais ce n’est pas tout…

Elle est la première athlète officiellement aveugle à participer aux Jeux olympiques, en 2000 à Sydney.

Vous avez bien lu, aux Jeux olympiques, et non paralympiques. Elle ira jusqu’en finale du 1 500 mètres, puis battra le record américain en salle la saison suivante.

Some people have negative attitude, and that's their disability.

Marla Runyan

*Rajout de dernière minute*

J’ai raconté son histoire hier en story sur Instagram pour teaser la newsletter, et Yannis m’a envoyé un documentaire sur l’esprit des Jeux paralympiques : Comme des phénix. Je l’ai regardé le soir même, et c’était incroyable.

Derrière chaque athlète se cache une histoire, souvent tragique. Pourtant, ils se dépassent et exploit après exploit, on entend raisonner “Ne me dites plus que c’est impossible”.


Comme à chaque édition, il faut que je m’arrête quelque part. Si vous voulez découvrir plus de personnes qui font des merveilles sans la vue, voilà une liste assez fournie.

Je vous propose de nous quitter en musique, avec Ray Charles interprétant “If You Go Away”, qui est une adaptation en anglais de “Ne me quitte pas” de Jacques Brel.

“Ne me quitte pas” est ma chanson préférée. Elle est si bien écrite. Je m’en rends d’autant plus compte depuis le Challenge #22 : Écrire un poème.

À chaque fois que j’écoute Ray Charles rendre hommage à ce texte, les frissons sont assurés !

À très vite, pour un nouveau challenge,

Ulysse


Le saviez-vous ?

J’ai lancé un atelier d’introspection en 40 jours pour apprendre à se connaître.

En le parcourant, vous apprendrez à évaluer votre situation, à faire de meilleurs choix, et à reconnecter avec vos rêves.

Chaque jour, vous découvrirez des ressources à explorer, des citations à méditer, et surtout, des questions à vous poser.

Découvrir l'atelier d'introspection


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