Challenge #22 : Écrire un poème

En un sonnet ✍️

Poetry is the music that every man carries inside himself.

William Shakespeare


Hello,

Ici Ulysse, toujours en direct de Joburg ! 🇿🇦

Je vous paye un vers ?

C’est ma tournée.

J’ai sérieusement considéré l’idée de rédiger entièrement cette newsletter en faisant rimer chaque phrase.

Puis, je me suis rappelé que je n’étais pas à ce point obstiné dans la vie.

Au lieu de cela, je ferai sûrement quelques jeux de mots foireux.

En démarrant ce challenge, je voulais donner une seconde chance à la poésie.

Pourquoi une seconde ?

Car l’école a réussi à griller la première.

Sérieusement, qui a eu l’idée de faire apprendre bêtement des poèmes pour ensuite les réciter devant la classe ? 🤦‍♂️

Au plus j’apprends à apprendre, et au moins je comprends les méthodes employées par l’école.

Je ne vais pas entrer dans cette digression aujourd’hui car elle mérite un hors-série entier.

Ma mission aujourd’hui est plutôt de redécouvrir la poésie avec un œil adulte, et de vous partager mes découvertes.

Je vais relever le challenge d’écrire mon premier poème, à 26 ans, avec les contraintes suivantes :

  • Un sonnet (2 quatrains et 2 tercets),

  • en alexandrins (deux hémistiches de 6 syllabes soit 12 syllabes par vers),

  • sans rime facile (un maximum de rimes riches, sans -é).

L’avantage, c’est que je n’ai plus cette pression de la classe qui m’observe réciter les vers écrits par des poètes aguerris.

Comment ?

Ah ! On m’annonce dans l’oreillette que la newsletter vient de passer la barre des 1000 abonnés et que YouTube se dirige vers les 3000 ! 🙏

Si vous êtes nouveau ici et que vous vous demandez ce qu’il s’est passé le 7 octobre : la newsletter est devenue 100 % gratuite.

Je disais donc : 0 pression.

Ce n’est pas ironique. Je n’ai pas la moindre once de stress à l’idée de vous révéler ce que j’ai écrit.

La raison ne réside pas dans la confiance excessive en ma plume, mais sur le recul que j’ai appris à prendre sur ce que peuvent penser les autres.

Cette citation vous donnera l’état d’esprit avec lequel j’aborde ce challenge :

Recognizing that people’s reactions don’t belong to you is the only sane way to create.

If people enjoy what you’ve created, terrific.

If people ignore what you’ve created, too bad.

If people misunderstand what you’ve created, don’t sweat it.

And what if people absolutely hate what you’ve created? What if people attack you with savage vitriol, and insult your intelligence, and malign your motives, and drag your good name through the mud?

Just smile sweetly and suggest – as politely as you possibly can – that they go make their own fucking art. Then stubbornly continue making yours.

Elizabeth Gilbert


Je voulais écrire sur le temps qui passe et qui m’effraie.

Voilà le résultat :

-

Le courant clair m'emporte, au vent avec mes frères.
Scruté par la berge, je file à sens unique.
Malgré les embûches, je suis pourtant pudique.
La descente à l'air plaisante, à qui veut bien plaire.

L'horizon s'allonge, j'observe, rêve et songe.
Je ne suis qu'une goutte d'eau dans l'océan.
Mon dos se voûte sous le poids des bateaux blancs.
L'orage gronde, je lutte, m'effondre et plonge.

L'obscurité m'entoure, et le froid me transperce.
Je m'efface, aspiré par cette gueule immense.
La pression baisse, remonte et je m'élève.

Je flotte, propulsé vers ma deuxième chance.
Les rayons me réchauffent, et je me disperse.
Adieu les flots, je pars en quête de mes rêves.

-

Certains pointilleux diront que tous les hémistiches ne sont pas respectés et que le terme dodécasyllabe serait peut-être plus adapté.

C’est vrai. Pas grave.

C’est un poème très personnel qui reprend des thèmes qui me sont chers.

Voilà en vidéo comment je m’y suis pris pour l’écrire (avec l’analyse du poème) :


Les key learnings pour écrire un poème

Comme expliqué dans la vidéo, j’ai approché ce challenge en 4 étapes :

  1. La forme

  2. Le thème

  3. L’idée

  4. L’écriture

On pourrait y rajouter une étape 0 : Lire de la poésie.

La forme

Mouais… Ce n’est pas beaucoup plus clair…

Je m’arrête là. Pour les très curieux, voilà une liste exhaustive des poèmes à forme fixe.

La poésie a beaucoup évolué au fil des siècles. Un coup les odes étaient classes (coucou la Grèce antique), un coup les ballades étaient à la mode (coucou le Moyen-Âge).

Vous aimez la musique ?

Alors vous aimez la poésie.

On l’oublie souvent, mais la plupart des poèmes étaient chantés.

Ce que vous écoutez aujourd’hui à la radio n’est que la continuité d’une longue évolution stylistique.

Bien qu’il existe des classiques très codifiés, la poésie n’a pas de limite.

Par exemple, mon poème préféré est une prose de Beaudelaire : Ennivrez-vous, que vous retrouverez en introduction de la vidéo YouTube.

Ah oui, la prose :

Tout ce qui n'est pas prose est vers et tout ce qui n'est point vers est prose.

Molière, Le bourgeois gentilhomme, acte II, scène IV

Pour un premier poème, ne vous prenez pas la tête sur la forme. Rome ne s’est pas faite en un jour. Les ballades non plus.

(Les pyramides non plus - elles n’ont pas non plus été construites par des aliens - déso pas déso - je m’égare).

Cherchez plutôt à vous amuser avec les mots.

Le thème

L’inspiration vient des émotions. Quel sujet vous tient à cœur en ce moment ?

Une fois que vous aurez un cap, rien ne vous empêchera de le faire évoluer.

Comme j’étais en plein dans la sortie de l’atelier d’introspection (pour ceux qui l’ont loupé c’est par ici), j’ai choisi le temps qui passe.

L’idée

Quelle est l’histoire ou l’image qui fera que votre poème sera mémorable ?

Les premiers mots sont les plus durs à écrire.

Créer un cadre (flexible) dans lequel évoluer vous aidera à démarrer.

De mon côté, l’idée initiale était de raconter l’histoire d’une goutte d’eau dont le parcours serait une métaphore des différentes étapes de la vie :

  • La naissance à la source

  • L’adolescence à travers la rivière

  • La vie adulte face à l’océan

  • La vieillesse en plongeant dans les profondeurs

Ensuite, vous pouvez développer cette idée en structurant votre poème.

Voilà à quoi ressemblait ma trame brute avant écriture (extraite de mes notes) :

A : Naissance et contexte
B : Chemin tout tracé - berge = adultes
B : Embûches sur la route
A : Se conformer pour plaire

A : Arrivée à l'océan : vie adulte / champ des possibles
B : Une goutte dans l'océan - conformisme
B : Supporter les bateaux / grandes entreprises / esclavage
A : Orage + lutte + descente dans les profondeurs

C/D : L'eau se refroidit - La descente - la mort, le froid
D/C : La baleine qui aspire
E : La remontée vers la surface

D/C : La vue / flotter / spectacle
C/D : Évaporation
E : Nouveau départ

A rimera avec A, B avec B, etc.

J’avais en tête que C et D pourraient échanger de place en fonction de comment l’écriture progresserait.

Parfois, plutôt que d’essayer à tout prix de s’adapter à la situation, changez la situation pour qu’elle s’adapte à vous. #LifeHack

Finalement, la structure finale des tercets a été en CDE - DCE (à tête inversée).

Et oui, car dans un sonnet vous pouvez aussi avoir des tercets CDE - CDE (tercets parallèles), CDC - CDC (qui ont sûrement un nom), CCD EED (sonnet italien ou marotique), CCD EDE (sonnet français ou de type Peletier), …

Encore une fois, la poésie n’a pas de limite et si vous avez l’âme d’un pirate, vous pouvez très bien écrire un sonnet en prose. ⚔️

L’écriture

Évidemment, je n’ai pas beaucoup de légitimité pour vous parler de comment écrire avec swag.

Une pratique qui m’a tout de même bien aidé a été de ne pas chercher à tout prix à écrire les vers dans l’ordre. Rien ne vous y oblige.

Pour chaque idée, je notais des alternatives pour pouvoir m’adapter lors de la mise en forme finale.

Quelques exemples :

Le courant clair m'emporte, devant/au loin/au vent/doucement avec mes frères.

And the winner is : au vent 🏆

À sens unique, je suis observé par la berge.
La berge m'observe filer à sens unique.

Qui donnera : Scruté par la berge, je file à sens unique.

Sur mon dos naviguent de grands paquebots blancs.
Mon dos se brise/voûte sous le poids des paquebots.

Qui se mélangera en : Mon dos se voûte sous le poids des bateaux blancs.

Vous remarquerez qu’ils n’ont pas tous 12 syllabes. Vous pourrez toujours en rajouter ou en enlever une facilement en trouvant un synonyme.

Paquebot est par exemple devenu bateau.

J’ai également utilisé 3 outils très pratiques :

  • Syllaber : Il compte pour vous les syllabes.

  • Synonymo : Pour trouver des synonymes.

  • Je-rime : Pour trouver des rimes.

À vous de jouer !


Pour aller plus loin

Je ne pouvais pas aborder la poésie sans vous parler des figures de style. Si vous avez une dent contre elles, LinksTheSun va vous réconcilier.

Osez briller, pensez prosopopée. Oui, c’est un homéotéleute doublé d’une allitération. On n’arrête pas le progrès !

La prosopopée étant l’idée de faire parler ce qui ne parle pas.

Links nous donne en plus des moyens mnémotechniques pour s’en souvenir !

Faire parler une poupée : prosopopée. 👍

Mon poème nous amène d’ailleurs dans les pensées d’une goutte d’eau. Vous l’avez : prosopopée.

Reconnaître les figures de style, c’est ajouter un niveau de compréhension à ce qu’il se passe autour de vous. Au-delà de la poésie, mettre le doigt sur les intentions du discours d’un politique, ou sur la manière dont un média vous présente une information permet de prendre du recul et d’être plus alerte.


Connaissez-vous le haïku ?

C’est un petit poème de 17 syllabes qui nous vient du Japon et qui célèbre l'évanescence des choses.

Même la poésie peut être minimaliste (cf Challenge #11 : Devenir minimaliste - *oh le marlou, il n’en loupe pas une pour placer un autre challenge*).

La paternité, dans son esprit actuel, est attribuée au poète Matsuo Bashō (1644 - 1694).

Ready ?

古池や
蛙飛込む
水の音

芭蕉

Pas mal non ?

Quoi ?

Vous ne lisez pas le japonais ?

😔

D’accord, voilà une traduction :

Un vieil étang,
Une grenouille qui plonge,
Le bruit de l'eau.

Bashō

Forcément, l’original sonne mieux.

Plus sérieusement, le jour où je pourrais poser mon sac au Japon, on se fera un challenge sur l’apprentissage de cette langue à la sonorité magique.


À l’inverse, le poème considéré comme le plus long jamais composé nous vient d’Inde : Mahâbhârata (ou महाभारत dans son titre original en sanskrit).

Selon Wikipedia :

C'est une saga mythico-historique, contant des hauts faits guerriers qui se seraient déroulés aux environs de la fin du premier (voire deuxième) millénaire avant l'ère chrétienne, entre deux branches d'une famille royale : les Pandava et leurs cousins, les Kaurava, pour la conquête du pays des Arya, au nord du Gange.

C'est l'un des deux grands poèmes épiques de l'Inde, fondateur de l'hindouisme avec le Ramayana.

1,8 million de mots répartis en 250 000 vers (quinze fois plus que l'Iliade), généralement partagés en shlokas de 32 syllabes chacun, formant deux hémistiches de 16 syllabes, partagés eux-mêmes en deux pada de 8 syllabes + quelques proses ici et là.

Et après on me dit que mes newsletters sont trop longues…

Je vais sûrement commettre un sacrilège. En voilà un résumé en 1 minute :


Dans la poésie, on retrouve aussi les récits épiques.

L’une des œuvres littéraires les plus anciennes de l’humanité est l’épopée de Gilgamesh, écrite en caractères cunéiformes sur des tablettes d’argile.

Si tant est que vous ayez tous les fragments, il vous faudra vous accrocher pour lire l’original :

Gil, c’était un peu le premier des super-héros. 🦸‍♂️


Tout le monde se souvient de la tête de Johnny Haliday ou Napoléon.

(sans transition…)

Je ne sais pas vous, mais je n’ai jamais eu la tronche des poètes en tête.

Homère (celui qui a écrit l’Odyssé, pas le bonhomme tout jaune) n’en est pourtant pas moins célèbre (héhé).

Aujourd’hui, je souhaitais réparer cette injustice. ⚖️

Étant chauvin (ou pas), j’ai cherché une liste des 15 poètes français les plus célèbres à laquelle j’ai rajouté La Fontaine (pour boire quelques vers supplémentaires - carton jaune dit l’arbitre).

Et c’est parti pour un trombinoscopoète :

De gauche à droite (chaque paragraphe représente une ligne) :

Joachim Du Bellay (1522 - 1560) - La Pléiade
Pierre De Ronsard (1524 - 1585) - La Pléiade
François de Malherbe (1555 - 1628) - Classicisme
Jean de La Fontaine (1621 - 1695) - Classicisme

Victor Hugo (1802 - 1885) - Romantisme
Alfred de Musset (1810 - 1857) - Romantisme
Charles Baudelaire (1821 - 1867) - Esthétisme
Paul Verlaine (1844 - 1896) - Symbolisme

Arthur Rimbaud (1854 - 1891) - Symbolisme
Guillaume Apollinaire (1880 - 1918) - Surréalisme
Paul Eluard (1895 - 1952) - Dadaïsme
André Breton (1896 - 1966) - Surréalisme

Louis Aragon (1897 - 1982) - Dadaïsme
Robert Desnos (1900 - 1945) - Surréalisme
Jacques Prévert (1900 - 1977) - Surréalisme
Raymond Queneau (1903 - 1976) - Pataphysique


À la vue de cette liste, deux questions me viennent.

  1. Qu’est-ce que le Dadaïsme ?

La mission de Dada est de réagir aux horreurs de la Première Guerre mondiale. Le désir des dadaïstes est de se défaire de l’ambiance lourde et mortifère qui règne sur le monde, de faire table rase afin de rebâtir un monde qui ressemble à la jeune génération adulte.

Les artistes Dada croient à un art frivole, ludique et léger.

Fun fact : Le nom Dada a été trouvé à l'aide d'un coupe-papier glissé au hasard entre les pages d'un dictionnaire.

  1. Où sont les femmes ?

Alors, c’est en partie de ma faute. Je viens d’apprendre que l’on disait poétesse… Et j’ai fait mes recherches en tapant “poète”.

Pour ma décharge, j’ai déjà entendu la plupart des noms ci-dessus, mais jamais ceux des femmes célèbres en poésie, d’où mon erreur.

Je vous propose de réparer une seconde injustice en faisant un focus sur 3 poétesses qui ont marqué l’histoire.

Christine de Pisan (1364 – 1430)

Elle est la toute première femme de lettres à avoir vécu de sa plume. Veuve, elle se met à écrire pour garder son indépendance.

Elle écrit tout au long de sa carrière une dizaine de livres de prose, plusieurs centaines de poèmes et des traités moraux dans lesquels elle ne manque pas de plaider pour la cause des femmes.

Anna de Noailles (1876 – 1933)

En 1920, son premier recueil de poèmes (Le Cœur innombrable) est couronné par l'Académie française. En 1921, elle en reçoit le grand prix de littérature.

En plus d’être la première femme commandeur de la Légion d’honneur, elle est la première femme reçue à l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique. La classe.

Renée Vivien (1877 – 1909)

Surnommée “Sapho 1900”, elle est la première poétesse francophone à écrire sur son amour des femmes. L’homosexualité étant encore à l’époque considérée comme une maladie mentale, elle subira les critiques de ses contemporains.

Aujourd’hui, le prix Renée-Vivien décerné annuellement pour honorer un recueil de poésie lui rend hommage.


Comme je le dis souvent à la fin des challenges : il faut bien que je m’arrête quelque part.

J’espère avoir réussi à vous faire aimer (au moins un peu plus qu’hier) la poésie.

Je vous laisse sur un dernier haïku :

Avant de partir,
La newsletter partagée,
Challenge accepté.

Inconnu 😉

À très vite, pour un nouveau challenge,

Ulysse


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